La solitude du macaque au fond des bois…

C’est l’histoire d’une amourette qui a duré 10 secondes, quinze coups de rein rien … et une bonne pub.

L’être humain est une bête singulière, et voudrait que lui appartiennent exclusivement les bonnes pratiques sexuelles. Et bien non, l’originalité tombe : les pratiques inter-espèces ne lui sont plus strictement réservées, le macaque aussi se frotte à d’autres bêtes.
La littérature scientifique regorge de surprises chaque semaine et un article du dernier numéro de Primates (de l’éditeur scientifique Springer) fait du bruit depuis 24h. Écrit par deux français, Marie Pelé et Cédric Sueur, éthologues rattachés à l’université de Strasbourg, cet article relate le flagrant délit de simulation d’accouplement d’un macaque (Macaca fuscata yakui) avec une biche sika (Cervus Nippon).
Le court article (ici) nous explique que ça n’est que la deuxième fois que des preuves permettent d’attester d’un rapport inter-espèces n’impliquant pas l’homme. Une rareté donc. Le premier article relatant ce phénomène remonte à 2008 et décrit les simulations d’accouplement d’un mâle otarie à fourrure à des femelles manchot royal (une sale histoire finissant mal, où la plus part des oiseaux sont tués et mangés à la fin). Autant les 2 mètres et 120 kg de l’otarie contre ces petits manchots faisaient peur, autant la délicatesse de ce jeune macaque fait sourire (la vidéo).
Que la science s’anime pour toutes sortes de questions tirées par les cheveux, d’accord. Que les scientifiques passent leurs journées (et leurs nuits) obnubilés par des questionnements compliqués et obscurs pour la plus part d’autres nous, d’accord. Mais que la presse entière moutonne dès le premier coup de rein venu, c’est dommage.
Les stratégies commerciales dirigent le monde, et le monde de la recherche n’y coupe pas. Ne jetons pas la pierre à Me Pelé, M Sueur et M Bonnefoy qui ont un livre (et une exposition) à vendre, mais tout de même! Tant de tapages et tant de lignes pour une vidéo datant de 2015.
… et puis j’arrête mes sarcasmes car cet épisode me permet de me remettre à vous écrire…
… et puis je pense à cet instant fugace vécu entre un macaque solitaire et une belle biche dans les forêts reculées du Japon.

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La théorie du genre selon Neotrogla

Dans les contes, de belles princesses attendent des chevaliers virils et rêvent de marmailles joufflues.

Dans la vie, les femmes libérées draguent des hommes parfois beaux et fantasment sur une vie épanouie.

Dans les caves humides du Brésil, les femelles Neotrogla chevauchent les mâles et portent la culotte… ‘fin le pénis. Oui, le pénis.

yoshizawa 1Une équipe de chercheurs japonais, brésiliens et suisses viennent de décrire, pour la première fois, quatre espèces d’insectes du genre Neotrogla dans un article  paru dans le journal Current Biology (1). Jusqu’ici, rien d’exceptionnel, un million d’espèces d’insectes ont été décrites jusqu’à maintenant mais les scientifiques estiment qu’il en existerait quatre à six millions, donc les nouveaux signalements peupleront les journaux pendant encore bon nombre d’années.

La description d’un nouveau genre est toujours un moment réjouissant, même lorsqu’il s’agit d’insectes de quelques millimètres, mais elle devient bien plus divertissante quand ce nouveau genre présente une inversion totale des structures génitales. En effet, les femelles Neotrogla possèdent un appareil génital hautement évolué, très comparable à un pénis, appelé gynosome, et les mâles un organe similaire à un vagin, un phallosome. Je vous emmène donc pour quelques lignes dans un univers où la sélection sexuelle ne s’exerce plus sur le mâle mais sur la femelle, nouveauté! (2)

yoshizawa 2Nous avons donc dit un pénis (en bleu sur la photo) et, cerise sur le gâteau, un pénis pourvus d’épines (en vert, rouge et violet). Pas de panique, le vagin de Monsieur est pourvu de sacs correspondant parfaitement à l’emplacement des épines (emplacements différents dans les quatre espèces décrites): un superbe exemple de système clé/serrure pour empêcher une reproduction inter-espèces! Ces épines serviraient également à séquestrer les mâles réticents lors de la copulation: un bon ancrage est indispensable, car une fois Madame introduite dans Monsieur, c’est parti pour 40 à 70 heures de copulation. OUI. Un marathon…

yoshizawa 3Lors de la séquestration du coït, le mâle sécrète « des cadeaux séminaux », ou spermatophores (en photo ci-contre), que la femelle « pompe » directement dans le canal séminal grâce à son pénis. Ces spermatophores contiennent les spermatozoïdes mais également de nombreuses substances nutritives… Et quand on habite dans des caves humides où la seule nourriture disponible se résume à des crottes et des carcasses de chauve souris, le spermatophore devient un saint graal!… Selon leur hypothèse, les auteurs expliquent donc l’exceptionnelle longueur de la copulation et l’évolution du gynosome (le pénis de Madame) par un conflit sexuel entre mâle et femelle. Les femelles séquestrent et s’introduisent dans les mâles pour obtenir un maximum de ces spermatophores. Gourmandes et déterminées, vive l’évolution féministe à la Neotrogla!

Et merci au Docteur Yoshizawa et ces confrères pour cette belle découverte et cet article au titre savoureux « Female Penis, Male Vagina, and Their Correlated Evolution in a Cave Insect ».

A la prochaine

(1) comme d’habitude, pour les courageux, le résumé en anglais ici

(2) Il existe quelques exemples de femelles pourvues de canaux ou tubes génitaux (mites, coccinelles ou hippocampe) mais rien de coercitif comme ici.

Beau comme un protiste!

Alors qu’est ce que c’est?cover.tif

 

C’est une infime quantité des micro-organismes  qui peuple l’eau de mer des côtes européennes. Ces squelettes de plancton se retrouvent en couverture du dernier numéro de Current Biology (Vol24 Issue8 April 2014) et font l’objet d’une étude qui les caractérise ici (en anglais toujours…).

 

C’est pas complètement magique?…

Chialer, gémir, larmoyer, pleurer, pleurnicher, sangloter…

Après quoi courent les hommes?

… Et non, toujours pas de réponse à cette épineuse question mais la science a tranché : sûrement pas après les chouineuses !

Les pleurs émotionnels sont considérés comme exclusivement humain, bien loin de la fonction de protection de l’œil. Oui mais comme rien n’est gratuit dans ce monde ma pauv’e dame, la question se pose : à quoi servent-ils?

Dans une étude parue en 2011 dans Science, l’équipe israélienne du Pr. N. Sobel démontre pour la première fois les conséquences (physiologiques) de pleurs émotionnels féminins sur les hommes. Et, une fois n’est pas coutume, je vais vous décrire le protocole expérimental mis en place par l’équipe car il accompagne parfaitement les conclusions et soulèvent quelques questions.

Première partie du protocole: vingt quatre hommes (de 28 ans en moyenne), volontaires, sont exposés à des larmes de trois donneuses (environ 1mL sont récoltées, en isolement, grâce à la diffusion  de films tristes (1)) ou exposés à un liquide neutre (qui sert de témoin, de contrôle). Pour être sûr que l’exposition soit continue, les chercheurs décident de leur coller, sur la lèvre supérieure, 1cm2 de patch imbibé (de larmes ou de solution contrôle) juste sous les narines.

Une fois affublés de leur postiche larmoyant (ou non), ces jeunes hommes évaluent l’intensité (?), le plaisir et la familiarité que leur procure cette exposition. A la fin de cette première étape, aucun résultat n’est significatif, pas de différence entre les deux liquides : les larmes n’ont pas d’odeur. La science avance!

Deuxième phase: le patch collé à la lèvre, les hommes regardent une série de photos et évaluent (via une échelle de notation) la tristesse de jeunes femmes à la figure déprimée et, à l’inverse, l’attractivité sexuelle de jeunes femmes à la figure souriante. En parallèle, un questionnaire permet de mesurer leur empathie vis-à-vis des figures présentées (2). Et c’est là que les conclusions sont accablantes mesdames… La présence de larmes n’émeut pas la gente masculine: pas de modification de la perception des visages tristes et PAS de modification de l’empathie! Pire: les visages souriants sont moins attractifs sexuellement! (3)

Conclusion: rien ne sert de pleurnicher pour amadouer vos hommes les filles, la potentielle présence de phéromones dans vos larmes vous rendent moins sexy et ne change pas ce que ressent le mâle viril. Damn it! C’en ai fini du pacte des chouineuses…

Je ne sais pas pour vous mais moi je me suis demandée ce que ça donnerait avec des larmes « de rire »? Et si le protocole était inversé: avec des larmes d’hommes sur les femmes? Ou si les photos étaient des figures de femmes connues par les hommes testés? Oui, parce que le manque d’empathie des hommes testés, ça m’étonne… Si si ça m’étonne…

(le résumé -en anglais- de l’article est )

A bientôt

(1)   Les auteurs ne précisent pas lesquels (oui je sais, c’est vraiment dommage, parce qu’1 mL de larmes récoltées, c’est du gros chagrin!)

(2)   L’empathie, définition si nécessaire (mais si, mais si…) : faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent.

(3) Par une 3ème partie de protocole très tarabiscotée, les auteurs concluent même à une baisse de la testostérone salivaire lorsque les hommes sont en présence de larmes…

HA les gènes de papa…

Alors que la socièté française est pas mal secouée par quelques fanatiques de « genre », les traditionalistes de la famille et autres frileux, je vous propose aujourd’hui, un bel article, sorti en 2009 dans Human Reproduction, qui nous parle de souris à deux mamans. OUI, deux mamans…

Bon, je racole mais point d’étude éthologique par l’équipe japonaise du Pr. Kawahara mais la création de souris SANS apport de génétique paternel.

Une petite révision pour ceux qui auraient sécher les cours d’éducation sexuelle, les cellules de notre organisme possèdent toutes le même patrimoine génétique porté par 23 paires de chromosomes: 22 paires d’autosomes et 1 paire de chromosomes sexuels. La moitié provient de l’ovocyte et l’autre moitié du spermatozoïde qui se sont racontrés lors d’une loterie incroyable dans une trompe de Fallope, et PAF! Ca fait un embryon à 46 chromosomes.

Les chercheurs de l’équipe du Pr. Kawahara, eux, ont repris la même technique que pour développer un clone, ils ont transféré dans un ovocyte, le noyau (et donc le patrimoine génétique) d’un autre ovocyte, ne générant ainsi que des souris femelles dites « bi-maternal » ou « sperm-free », aucune trace de gènes paternels donc.

Bien joli me direz-vous mais pourquoi s’aventurer dans une telle étude? Et bien, il connu depuis longtemps, et dans de nombreuses espèces, que les femelles vivent plus longtemps que les mâles, et que les mutations et les allèles affectent différemment la durée de vie d’un organisme selon son sexe. Alors la question est: cette différence est-elle dûe à l’expression d’un sexe ou aux gènes légués par nos parents?

D’après cette équipe de recherche, il semblerait que la deuxième proposition soit la bonne. En effet, ces souris femelles « bi-maternal » vivent en moyenne 186 jours de plus que des souris femelles « normales » issues de la rencontre d’un spermatozoide et d’un ovocyte (841 jours contre 655 en moyenne), soit 30% de plus lorsque les gènes paternels ne sont pas présents dans l’organisme. Les chercheurs ont également trouvé que ces souris étaient plus légères (car de taille plus petite) et que les cellules de leur système immunitaire étaient plus nombreuses.

Pour ce qui est de l’explication du pourquoi-comment, les auteurs s’arrêtent là (oui i’ z’ont pas fait un Nature non plus…) mais, depuis, les progrès en génétique moléculaire ont permis d’identifier l’existence d’une « empreinte génomique » sur plusieurs milliers de gènes (on ne panique pas, je vous explique). Au cours de l’embryogenèse et chez l’adulte, quelque soit son sexe, certains gènes gardent en mémoire leur provenance maternelle ou paternelle et l’ADN (le gène) est chimiquement activé ou éteint selon son origine. Cette « mémoire » influence donc l’expression de ces gènes dits « à empreinte ». Par exemple, il a été montré que certains gènes d’origine maternelle étaient préférentiellement exprimés durant l’embryogenèse. Au contraire, chez l’adulte, c’est certains gènes d’origine paternelle qui seront activés.

Voilà, voilà. Les bons gènes de papa fusillent donc à la longue notre espérance de vie, nos défenses immunitaires et nos tailles de guêpe… Complot Phallocrate? Cabale misogyne? Les Femen sont sur le coup…

 

Pour les motivés, le résumé (en anglais) de l’article est .

A bien vite

 

(papa je t’aime quand même tu sais)

Messieurs, à vos marques… Prêts… et PAF, pilules!

Sur le long et dur chemin de la contraception masculine, une équipe australienne vient de faire un nouveau pas; un pas de souris, c’est vrai, mais un pas prometteur!

Dans un article paru dans la revue scientifique PNAS de Décembre 2013, l’équipe du Dr Sabatino Ventura nous explique qu’en empêchant l’expression de deux gènes (1), l’a1A-adrenoceptor et  le P2X1-purinoceptor, dans l’organisme de souris mâles, celles-ci sont alors infertiles. Pourtant, ces souris en parfaite santé, « présentent un comportement sexuel normal en terme de poursuite et de reniflement de la femelle, dans la montée de sa partenaire ainsi que dans la vigueur et la fréquence de la poussée en avant du bassin. Le coït est normalement suivi d’une période d’inactivité et d’une perte d’intérêt pour la femelle » (2).

Chez ces souris, les spermatozoïdes observés à la sortie des testicules sont normaux et motiles, mais ils se retrouvent bloqués dans l’épididyme (organe accolé au testicule permettant la maturation et le stockage des gamètes). En effet, la non-expression des deux protéines (codées par les gènes cités plus haut) empêche le transport des spermatozoïdes de l’épididyme vers l’urètre via le canal déférent. L’absence de ces deux gènes permet donc d’inhiber l’activation sympathique (inconsciente) des muscles lisses de ce canal, n’empêchant pas l’éjaculation mais bien la libération des spermatozoïdes dans le sperme. Celui-ci sera alors constitué uniquement des sécrétions prostatiques, séminales (…). Les plus fleurs bleues d’entre vous s’interrogeront sur le devenir des 20 à 250 millions de spermatozoïdes (par millilitre!) séquestrés: et bien les cellules n’aiment pas ce qui ne sert pas et le ménage sera fait par les phagocytes, merveilleux éboueurs de l’organisme!

Il semblerait donc que cette fois-ci, les chercheurs aient trouvé le moyen de créer une infertilité masculine sans modification hormonale, voie qui était jusqu’ à maintenant développée. Non, Messieurs, personne ne touchera à la sacro-sainte testostérone et cette étude pourrait être une belle piste pour une contraception masculine non-hormonale. Mais c’est un grand écart (et plusieurs dizaines d’années de tâtonnement, développement, test et re-test) que la recherche biomédicale doit envisager pour passer d’un modèle de souris transgéniques à une contraception chimique sans effets secondaires délétères.

Je ne sais pas pour vous, mais la lecture de cet article m’a pas mal interrogé:

Est ce que l’homme moderne est prêt à se faire prescrire une contraception, à prendre en  main sa fertilité, à assumer l’exigente régularité d’une contraception?

Est ce que la femme en couple est prête à laisser la responsabilité de la contraception à son homme, à lui faire confiance  (les conséquences d’un IVG ou d’une maternité lui incombant)?

Et,  est ce que le temps ne va pas manquer pour que la recherche puisse finaliser ce concept? Excusez le ton sarcastique mais une étude menée (de 1989 à 2005) par plusieurs médecins français  montre une importante baisse de la fertilité (32% de spermatozoïdes en moins!) des hommes français sur ces 17 années (ici). Il semblerait donc que l’environnement se charge du problème contraceptif… Mais ceci est un autre débat, je vous reparlerai des effets néfastes de l’environnement (et de l’urine des vaches surboostées d’hormones) sur la fertilité une autre fois.

Le résumé (en anglais) de l’article est disponible ici pour les plus téméraires.

On reparle bientôt testicules, c’est promis!

(1) La recherche en biologie moléculaire et cellulaire actuelle est très largement basée sur le développement de modèles de souris transgéniques, des souris générées avec un ou deux gènes qui ne fonctionnent pas, dans tout l’organisme ou dans un tissu en particulier. Ces souris sont dites knockout ou KO (coudecoudeclindoeil!) et permettent l’observation des conséquences de l’absence de ce/ces gènes sur les différentes fonctions de l’organisme (cardiaque, rénale, nerveuse ou ici de la reproduction) et de conclure sur l’importance de ce gène dans la physiologie.

(2) Non, en fait, toutes comparaisons seraient une raillerie trop facile…